Challenge for Europe

UE : En route vers une économie de la connaissance

En Mars 2000, le Conseil européen a adopté la stratégie de Lisbonne qui fixe l’objectif de « faire de l’Europe, l’économie fondée sur la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010 ». Cette stratégie comporte plusieurs aspects dont les principaux sont :

Augmenter les dépenses de recherche et développement (objectif 3 % du PIB de l’Union européenne)

Mettre en place l’Espace européen de recherche (EER), un marché intérieur favorisant la mobilité des chercheurs et des connaissances

Améliorer la transposition des connaissances scientifiques en innovation

En 2007, le livre vert de la Commission sur les nouvelles perspectives de l’Espace européen de la recherche note que l’investissement R&D stagne à 1.8% en Europe (particulièrement par manque d’investissement privé en comparaison avec le Japon ou les Etats-Unis), qu’il faut favoriser les partenariats entreprises/recherche publique, « réduire la fragmentation de la recherche publique pour la rendre plus attractive aux investisseurs »…

En décembre 2008, le Conseil « compétitivité » adopte sa « vision 2020 pour l’Espace Européen de recherche (EER) ». Les principaux aspects retenus sont :

Accorder les financements publics par la mise en concurrence ouverte au sein de l’EER dans un objectif « d’excellence scientifique et technologique » et pour pousser à la spécialisation et à la concentration ;

Favoriser le développement de partenariat enseignement/recherche/entreprises (PME et multinationales).

Répondre aux besoins de la société et aux exigences d’un développement durable et l’indispensable mise en œuvre du lien entre la société européenne et sa recherche.

Société de la connaissance : le mouvement de protestation grandit

La perspective européenne actuelle est donc claire. L’ambition de société de la connaissance n’est pas un pari sur l’éducation et la recherche comme bien public, ni une démarche de démocratisation de l’accès au savoir dans une perspective de critique raisonnée des choix scientifiques et techniques qui leur sont proposés. Elle se réduit essentiellement à mettre en place les conditions de construction d’un marché commun de la connaissance. Si le rajout récent d’objectifs liant science et besoins de la société est intéressant, il ne doit pas cacher le projet principal de l’EER : mettre avant tout la recherche au service des entreprises.

Les dégâts d’une mise en concurrence généralisée de l’enseignement supérieur et de la recherche, sous contrainte de liens de plus en plus étroits avec le secteur privé sont connus. Citons, entre autres, l’affaiblissement de l’indépendance scientifique, la déstructuration du système de recherche publique, le renforcement des priorités de recherche dictées par la seule rentabilité économique des entreprises, la précarisation massive des conditions de travail et d’étude, le creusement des inégalités face au savoir et l’éloignement des citoyens des choix scientifiques et techniques qui les concernent.

Un appel à une mobilisation européenne contre la stratégie de Lisbonne en matière d’enseignement supérieur et de recherche intitulé « Nous ne voulons pas d’un marché de la connaissance ! » a été lancé en France par différentes organisations et repris en Allemagne, Italie… Il prévoit l’organisation d’un contre-sommet mi-mars 2010 pendant le Conseil Européen « Lisbonne 2 ».

Propositions

L’université ne doit pas être soumise aux règles du marché et de concurrence appliquées en Europe. La connaissance est un bien commun qui doit bénéficier d’un traitement particulier.

Les universités sont un investissement social et démocratique de long terme. Il s’agit d’un service public qui ne doit pas être privatisé et doit être reconnu comme une priorité de financement public. L’accès à l’université doit rester gratuit et pluraliste.

La capacité de recherche publique non soumise aux intérêts entrepreneuriaux doit être maintenue et développée.

La logique de coopération doit remplacer celle de concurrence dans l’organisation de l’espace européen de recherche.

La logique de concentration en pôles d’excellence ne doit pas être généralisée. Elle favorise l’engagement de tous les moyens de recherche sur un nombre restreint d’hypothèses, de méthodes de travail et de problématiques de recherche, nécessitant souvent de gros moyens. Elle organise des situations de « monopole », souvent plus sensibles aux seules logiques économiques, au détriment de la diversité des stratégies et objets de recherche.

La diversité des projets de recherche doit être encouragée.

Les entreprises ne doivent pas être les seuls porteurs d’intérêt associés au choix scientifiques et techniques. La société civile porteuse d’intérêts non marchands mais d’utilité reconnue doit être entendue et associée étroitement au développement de la société de la connaissance européenne.

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Comments

  1. Bonjour,
    Félicitations pour ces propositions claires et volontaires. Nos universités sont réellement en train de se soumettre aux logiques du marché et de la concurrence, victimes à la fois d’un déficit de soutien public et de rankings biaisés. L’Europe a réellement son rôle à jouer pour garantir la diversité de l’enseignement et de la recherche, ainsi que de promouvoir les collaborations entre les universités.
    Comparativement à l’Amérique du Nord, nous avons hérité d’un réseau universitaire solidaire de la société dans laquelle il s’inscrit, et il faut développer une politique forte au niveau européen pour éviter que cela ne s’érode.
    Avec tout mon soutien pour cette belle initiative d’un débat citoyen!
    Emmanuel

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