Challenge for Europe

Une aide publique au développement (APD) instrumentalisée

En Europe, les politiques publiques d’immigration, tant au niveau national que communautaire, s’inscrivent dans une logique de gestion à court-terme des flux migratoires et font un amalgame entre migration, co-développement, situation des réfugiés et des sans-papiers et sécurité des frontières. C’est une vision simpliste… Ce qui est moins connu, c’est que ces politiques publiques financent les expulsions des personnes sans-papiers avec le budget de l’aide publique au développement. Pire encore, elles conditionnent l’aide publique au développement à la création de zones de contrôle des candidats à l’immigration. Le Pacte européen sur l’immigration et l’asile adopté en octobre 2008 durant la présidence française en est l’illustration : les accords passés avec des pays du sud conditionnent l’aide au développement à des mesures drastiques de contrôle des frontières et retour des sans-papiers. C’est le cas du Maroc, de la Tunisie et de la Lybie qui reçoivent des fonds de l’Union européenne pour jouer les gendarmes au sud de la Méditerranée !

Les migrants : des acteurs du Sud et du Nord

Réduire la question migratoire au contrôle des frontières et à des mesures d’expulsion dévalorise le rôle important joué par ces citoyens d’ici et d’ailleurs. Le rapport des immigrés à la société dans laquelle ils vivent et à celle de leurs origines a évolué. La tendance actuelle d’une large frange de l’immigration est de se positionner en tant que citoyens du Sud et du Nord… L’immigration en devient une source d’enrichissements sur tous les plans. Au Sud, les immigrés sont vecteurs d’une nouvelle dimension d’ouverture sur le monde et d’apports économiques et culturels qui permettent des échanges entre les peuples. L’apport macro-économique des immigrés à travers les flux financiers n’est plus à démontrer : l’argent envoyé au pays forme la première source de devises de plusieurs pays du Maghreb et d’Afrique subsaharienne. Au Nord, l’apport collectif des migrants au développement local à travers des centaines de micro-projets est moins connu mais gagne en importance. Ce sont les Organisations de Solidarité Internationale Issues des Migrations (OSIM) qui forment la cheville ouvrière de cette dynamique. Les immigrés agissent de plus en plus en tant qu’acteurs du développement de leur région d’origine, district ou village et de leur région de résidence, sans que cela ne s’inscrive nécessairement dans un projet pour le retour. Les migrants agissent de plus en plus comme des acteurs civiques et économiques en phase avec les défis du monde d’aujourd’hui, et cela, au-delà des frontières.

L’absence de reconnaissance des migrants et de leurs associations dans le développement laisse planer une image négative des migrants, surtout en temps de crise, ce qui fait le lit des réactions xénophobes et racistes. Et face à cette évolution en profondeur des comportements politiques, sociologiques et culturels des migrants, leur apport comme citoyens d’ici et d’ailleurs doit être valorisé.

Face à ce constat, nous proposons :

La reconnaissance du rôle des migrants en tant qu’acteurs du développement solidaire, en menant des campagnes d’information et de sensibilisation du grand public à l’apport des migrants aux actions d’aide au développement.

La valorisation des expériences menées par les OSIM (Organisations de Solidarité Internationales Issues des Migrations) et leur reconnaissance comme des partenaires incontournables des pouvoirs publics au niveau des Etat membres et des instances européennes.

La redéfinition des politiques migratoires actuelles, qui instrumentalisent le co-développement en la réduisant à la gestion des flux migratoires et à la protection des frontières.

L’engagement des Etats membres et de l’UE à porter rapidement l’aide publique au développement (APD) à hauteur de 0,7 % de leur PNB selon les résolutions des Nations Unies conformément aux Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD).

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