Challenge for Europe

Pour une nouvelle « ligne bleue des Vosges »

Sur le plan militaire, aucun pays de l’Union n’a les moyens financiers, les capacités technologiques et les ressources humaines pour assurer seul sa défense de façon efficace. En partageant, en mutualisant, en coopérant, il est possible de faire beaucoup plus et beaucoup mieux. Il en est de même au niveau de la sécurité, par exemple pour la lutte contre la criminalité transnationale, contre le terrorisme, contre les pandémies, les catastrophes naturelles, etc.

L’intérêt général des pays européens à s’unir est évident : ils doivent s’adapter à la mondialisation et seuls les ensembles géographiques de taille et population importantes sont en mesure d’y faire face. Pourtant, il serait illusoire de croire que tous les intérêts particuliers peuvent converger au même moment. Il y aura, localement et sur des questions particulières, des perdants, à court terme. Ces derniers, par souci de justice et d’égalité, devront avoir des contreparties équivalentes à ce qu’ils ont temporairement perdu. Celui par exemple qui n’aura plus d’emploi dans un pays, parce qu’on aura délocalisé la production d’un équipement militaire dans un autre pays de l’Union pour une meilleure efficacité globale à l’échelle européenne, devra être aidé et accompagné jusqu’à sa reconversion.

La perception d’un intérêt majeur, voire vital, permettrait de dépasser les égoïsmes nationaux. C’est dans cette optique que les Etats d’Amérique se sont unis au XVIIIème siècle. Ils voulaient échapper à la tutelle britannique devenue insupportable. Les crises financière et économique peuvent constituer un de ces « déclencheurs ». Mais il est dommage d’attendre les catastrophes majeures et les guerres pour avancer, car elles font beaucoup de victimes. L’Europe doit donc proposer dès à présent un projet capable de mobiliser les enthousiasmes et les énergies, de dépasser les intérêts nationaux, de constituer une « nouvelle frontière » à l’Américaine, une nouvelle mais pacifique « ligne bleue des Vosges ».

Une Europe solidaire et responsable

Il existe donc une Europe des intérêts, qui sont légitimes. Mais il doit y avoir aussi celle de la solidarité et de la responsabilité. L’Europe a des devoirs envers la communauté internationale, à la hauteur de son poids économique, de sa prospérité (maintenant relative), de sa population et de ses valeurs humanistes. C’est un point délicat, car l’Europe ne peut pas non plus donner l’impression de vouloir dominer de manière arrogante les autres civilisations, imposer ses standards et donner des leçons aux autres.

Par intérêt et pour répondre à ses devoirs, l’Union européenne a besoin d’un outil de défense et de sécurité performant, adapté aux menaces et d’un coût supportable. Au delà de la Politique Européenne de Sécurité et de Défense, il faut dès lors viser activement les dispositions du Traité de Lisbonne, c’est à dire la définition progressive d’une politique de défense commune de l’Union, qui conduira à une défense commune, dès lors que le Conseil européen, statuant à l’unanimité, en aura décidé ainsi.

La nécessaire adhésion des citoyens

Il ne peut y avoir d’esprit de défense européen sans adhésion des citoyens au projet d’Union et sans le profond sentiment d’un destin commun. Il faut donc d’abord combler le fossé existant entre les élites et l’ensemble des citoyens, apaiser les craintes de ceux qui doutent et établir la confiance. Cela suppose une politique de communication qui réponde à ce besoin. L’enseignement scolaire doit être un des lieux privilégiés d’un apprentissage précoce des acquis et des avantages à recueillir d’une plus grande union et intégration européennes. Il ne s’agit sans doute pas d’imposer des programmes détaillés par niveau, mais de fixer des objectifs.

Sans capacités propres conséquentes, et en complément de l’OTAN pour ceux qui en font partie, la sécurité et la défense européennes n’évolueront pas de manière favorable. Les deux organisations, OTAN et Union européenne, ne sont pas incompatibles. L’Alliance a besoin d’une Europe forte. La Politique Européenne de Sécurité et de Défense a à son actif des succès incontestables, dans les Balkans comme en Afrique, mais ce sont des opérations de faible amplitude. L’Europe doit devenir une puissance militaire correspondant à son poids économique et à sa population. Il n’est pas nécessaire qu’elle devienne une hyper-puissance, mais elle doit disposer des capacités nécessaires et suffisantes, pour participer à la sécurité collective de notre planète, tout en respectant strictement le droit des conflits armés. Elle doit renforcer ce qui fait actuellement sa force, la combinaison d’outils militaires et civils, pour maintenir, rétablir voire imposer la paix, mais aussi prévenir, traiter les causes, et reconstruire des Etats de droit.

Rationaliser et financer

Le renforcement des capacités militaires de l’Union exige la réalisation de systèmes d’armes communs. Cela suppose de rationaliser la base industrielle et technologique de défense en Europe. L’Agence européenne de défense est un excellent outil mais il faut lui donner, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, les moyens financiers ainsi que le soutien des Etats et des institutions de l’Union pour y parvenir. La première étape est d’harmoniser les besoins militaires, ce qui ne devrait pas poser de problèmes puisque les opérations sont communes.

Le fardeau financier devrait être enfin équitablement partagé par tous les pays, qui devraient consacrer une part égale de leur PIB à la défense (de l’ordre de 2%). Par souci de réalisme, conformément à ce qui est encore prévu par le Traité de Lisbonne, il conviendra au moins de mettre en œuvre la coopération structurée permanente, permettant aux Etats qui le souhaitent de consacrer plus de ressources et de moyens pour la sécurité et la défense de l’Union.

Nous proposons de :

Reconnaitre l’importance de la Politique Européenne de Sécurité et de Défense, tant au niveau des intérêts des Etats-membres à s’unir et à mutualiser leurs forces que sur la responsabilité de l’Europe à participer à la sauvegarde de la paix dans le monde.

Atteindre l’objectif, inscrit dans les dispositions du Traité de Lisbonne, d’aboutir à la mise en place à terme d’une défense commune de l’Union dès lors que le Conseil européen aura statué à l’unanimité sur cette question.

Renforcer le rôle et les capacités de l’Agence européenne de défense afin de rationaliser la base industrielle et technologique de défense en Europe.

Utiliser la coopération structurée permanente comme un appel aux 27 Etats à consacrer plus de ressources et de moyens à la défense et à la sécurité.

Faire adhérer tous les citoyens au projet d’Union en comblant le fossé existant entre les élites et l’ensemble de la population, en apaisant les craintes et en établissant la confiance, à travers une politique de communication adaptée.

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