Challenge for Europe

En science, il n’y a pas de priorité de sujets. S’il y a des priorités, elles relèvent de choix politiques. Ce n’est pas la science qui dicte a priori dans quel domaine investir des budgets.

La recherche scientifique militaire, les programmes aéronautiques, spatiaux, nucléaires, de biotechnologie et des nanosciences absorbent une partie très importante de la dépense publique en matière de recherche dans les pays de l’Union européenne. Les recherches dans la plupart des domaines clés du développement durable et de la santé publique tels que l’agro-écologie, l’agriculture biologique, les énergies solaire et éolienne, l’éco-construction ou l’écologie industrielle, la prévention en santé, la toxicologie, l’épidémiologie restent marginales.

Des voies de recherches sous-exploitées

Les lacunes de la recherche dans les domaines clé pour un développement soutenable sont dues à l’insuffisance de régulation de la production de connaissance. Cette régulation se décline de trois façons jusqu’ici dominantes: l’autorégulation par les chercheurs, la polarisation par la demande industrielle, et la croyance des décideurs politiques dans un modèle où la science trouve son intérêt principal en participant à la compétitivité.

L’autorégulation par les chercheurs, si elle est une dimension essentielle de l’autonomie de la recherche publique, s’est montrée trop sensible aux dérives hégémoniques de pouvoirs académiques et disciplinaires. La régulation par le marché, accentuée par les politiques gouvernementales, présente des limites. En effet, cette régulation oriente la recherche vers la mise au point de technologies commercialisables et rentables à court-terme pour des entreprises privées. Conséquence : certaines voies de recherches sont sous-développées. Selon ce schéma, on a plus intérêt à vendre des techniques de dépollution qu’à réduire de façon systémique les pollutions, à vendre des médicaments qu’à prévenir les maladies liées à l’environnement, à accaparer des brevets sur les recherches en amont plutôt qu’à mutualiser la connaissance comme biens public de l’humanité.

De ce fait, l’évaluation des performances des laboratoires et des chercheurs se fait de plus en plus en termes de compétitivité scientifique et de valorisation marchande (la course aux brevets et contrats). Ce système évacue les besoins non marchands de la planète et de nos sociétés.

Des décisions prises par des cercles très fermés

Les processus décisionnels établissent des priorités de recherche, gèrent des institutions de recherche, évaluent leur performance selon des critères de contribution à la création de savoir, de croissance économique et de réponses à des besoins sociétaux. Les décisions sur les budgets de recherche et sur les types de recherche sont prises dans des cercles fermés d’« experts » – des scientifiques de « l’establishment », des représentants de grandes compagnies et d’officiels du gouvernement. Les associations – consommateurs, écologistes et autres usagers de la recherche – et les jeunes chercheurs sont exclus des instances de pilotages des agences, universités et organismes de recherche.

Propositions

  • Consacrer un à cinq pour cent des budgets nationaux de recherche à des projets d’un réel intérêt pour les citoyens. Des citoyens qui, par le paiement de leurs impôts, contribuent à financer ces recherches.
  • Investir massivement dans la recherche publique et l’enseignement supérieur dans les domaines liés à l’environnement et l’écologie, le développement durable, la santé publique et environnementale et l’évaluation des choix technologiques. Exemple: consacrer vingt pour cent du budget de la recherche biomédicale à la santé environnementale (toxicologie, expologie, savoirs de prévention primaire, épidémiologie). Consacrer un tiers des budgets publics de la recherche pour l’alimentation et l’agriculture à l’agriculture durable, à la désintensification et aux alternatives agro-écologiques aux OGM, et plus particulièrement à l’agriculture biologique.
  • Ouvrir les instances de pilotage et de gouvernance des universités et des organismes de recherche aux acteurs de la société civile à but non lucratif et porteurs des enjeux écologiques. Nous pensons notamment aux associations de consommateurs et associations environnementales. Il s’agit de rouvrir des espaces de libertés aux chercheurs, aujourd’hui trop souvent prisonniers de partenariats exclusifs avec les industries. Cela permettrait d’équilibrer le rapport de force par l’ouverture d’un troisième pôle.
  • Développer des dispositifs financiers pour renforcer la recherche participative tels que les Partenariats entre Institutions et Citoyens pour la Recherche et l’Innovation en Ile-de-France (PICRI).
  • Créer des agences nationales de la recherche citoyenne, qui disposeraient de 5% du budget national de la recherche publique.
  • Tenir compte de critères écologiques pour toute la politique de l’innovation industrielle.
  • Réformer les dispositifs de soutien (exemple: le crédit d’impôt-recherche) à l’innovation industrielle dans le sens de l’excellence environnementale et de la durabilité.
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